Lefevbre VS Twitter : qu’en penser ?

Inutile de retracer l’historique du petit fait d’actualité qui a confronté certains utilisateurs de twitter à Frédéric Lefevbre. En résumé, une des communautés web les mieux fédérées a signalé le compte du porte-parole de l’UMP comme Spam poussant Twitter à supprimer son compte. Car c’est bien la raison. Il n’y aurait que les menteurs ou les ignorants (les premiers sont de loin les pires) pour croire qu’un réseau social soit incapable de gérer quelques centaines d’ajout dans une journée.

Twitter VS Lefevbre

Il y a pourtant plusieurs choses de significatives dans cette histoire. La première est la difficulté des politiques, et plus généralement des entités communicantes qui existaient avant le web, à appréhender la diversité des outils web et leurs caractéristiques. On le voit bien, Frédéric Lefebvre et ses communicants, ont rapidement fait une comparaison entre Facebook et Twitter suite à cette affaire. Si facebook est effectivement grand public et que de nombreux sympatisants peuvent s’exprimer sur son compte, les plus grands utilisateurs de Twitter travaillent en général sur le web. Car au final, la grande force de Twitter est la rapidité de propagation de l’information. Cette rapidité, peu de gens en ont besoin. On y compte les travailleurs du web, les journalistes et les personnes et professionnels recherchant ces métiers.

A partir de là, si les discussions et échanges qui circulent sur le web sont minimisés par l’opinion, ce n’est pas réciproque. A fortiori lorsque ça concerne la législation du web. Ces communautés ont énormément échangé sur les diverses Hadopi et Lopsi demandant explicitement ou implicitement d’être intégrées aux débats… ce qui n’a pas était le cas. Au contraire, ces communautés averties ont été confrontées au discours politique classique mais malheureusement imprégnés d’imaginaires. Imaginaires qui ne révélaient pas le dynamisme et l’intelligence collective des professionnels et semi-professionnels du web. En tête de liste dans le diffusion de ce messages perçus comme populiste et proche de la propagande, Frédéric Lefevbre s’est illustré.

Ces équipes ont été bien naïves de percevoir Twitter comme « un autre Facebook ». En France, la communauté twitter la plus active, et la mieux fédérée, reste celle qui est proche de la blogosphère HT. Les personnes les plus influentes perçoivent parfaitement bien les logiques commerciales et informationnelles du web. Une blague de MrBoo a révélé, et peut être involontairement impulsé, ce qui allait se passer. Le compte de Frédéric Lefevbre a été rapidement supprimé.

Quelque part, c’est une bonne chose. La puissance politique (pas au sens gauche/droite mais au sens de l’exercice du pouvoir) de certaines communautés web devrait désormais être mieux intégrée par la sphère et l’opinion publique. Quelque part aussi, c’est toute la puissance pragmatique du web qui a brisé la rationalisation excessive et diminuante de la communication politique sur le web. Quelque part enfin, il faut quand même avouer que le retour de médaille apporté à un personnage public suffisant et riche en ineptie a quelque chose de réjouissant. Disons, dans le cas isolé de Frédéric Lefevbre, que ce qui lui est arrivé est bien mérité. La puissance (en terme de communication) n’empêche pas l’humilité et la prudence ; personne ne pleurera sur son sort. il sous-estime vraisemblablement encore ce qu’il s’est passé en invoquant un chahutage alors que la violence symbolique dont il a été la cible devrait le pousser à réfléchir un peu plus la relation entre support et message.

Pourtant, je rejoins MrBoo lorsqu’il déclare :

la blague est allée trop loin, non à cause de quelques “joyeux lurons du web” mais à cause des limites (actuelles) de Twitter. (source Ecrans)

On est malgré tout devant un « événement » qui force à se poser des questions sérieuses sur la manière dont on envisage le web populaire et libre d’expression. Avons-nous le droit et la légitimité pour empêcher un utilisateur d’utiliser un réseau social ? Cette question ne fera jamais l’unanimité puisque l’exercice de la démocratie sur le web est relative. Un usager assez compétent peut, seul, mettre en place des outils puissants. C’est donc vraisemblablement aussi à Twitter d’arbitrer sur ce genre de questions en mettant en place un outil de contrôle et de validation, pourquoi pas humain, des nouveaux arrivants. Plus généralement, on peut se demander si comme sur Facebook, l’utilisateur ne devrait pas voir l’opportunité de quitter des listes dans lesquels on l’a ajouté.

Si la question de la suppression d’un compte amène son lot de réflexion sur la capacité de communautés à choisir qui utilise ou non un service. Avouons que la configuration actuelle de Twitter laisse songeur sur la grande puissance attribuée à ses utilisateurs les mieux fédérés. Twitter doit-il rester inchanger et privilégier un usage sélectif ou au contraire doit-il permettre à quiconque de communiquer ? La réponse semble assez claire et c’est bien dommage parce qu’on a bien rigolé quand même.

Articles relatifs
  1. Avons-nous le droit et la légitimité pour empêcher un utilisateur d’utiliser un réseau social ? Cette question ne fera jamais l’unanimité puisque l’exercice de la démocratie sur le web est relative.

    C’est effectivement la question qui peut réellement soulever débat et tu y apporte déjà un début de réflexion. Le problème, dans le cas actuel c’est qu’il ne s’agit pas d’un utilisateur lambda non plus (et à mon avis ce n’est pas une question de droite ou de gauche mais bien de la personne en elle-même, des différents propos tenus à l’égard du web par exemple, etc…). Tout comme toi je ne pense pas que les utilisateurs d’un service web puissent empêcher l’accès à quelqu’un, mais ce n’est peut-être pas la bonne stratégie ou en tout cas le bon endroit pour communiquer, la cible de Twitter répond-elle à ses besoins? C’est un peu comme un chien dans un jeu de quille. La question alors est souhaite-t-il s’assoir à côtés des quilles ou avancer en les ignorant?

  2. « Avons-nous le droit et la légitimité pour empêcher un utilisateur d’utiliser un réseau social ? »

    Cet homme qui dit un nombre incalculable de bêtises est quand même en tant que député, payé avec mes impôts, et si on m’avait demandé mon avis clairement j’aurai dit non. Car je pars d’un principe quand on bosse sur un dossier (hadopi et le web) la moindre des choses est de travailler son sujet.

    Comme tu l’as justement souligné, dans le débat sur Hadopi les professionnels du web et les usagers du web, ont été simplement exclus du débat (bel exemple de la souveraineté du peuple). Je pense que ces mouvements naissent aussi parce que l’on se sent de moins en moins en démocratie ;)

  3. MrBoo est très lucide, je trouve (ça veut dire que je suis d’accord avec lui) : à la base, c’est drôle et dans les faits, ce n’est pas très gênant (F. Lefevbre a d’autres canaux de communication et il est de retour avec un compte « Verified »).
    Mais c’est aussi révélateur du pouvoir du « lobby internet français » (expression © Ségolène Royal) : ce qu’un petit groupe a pu faire ici, il est possible de le reproduire sur une victime moins visible et pour qui internet est peut-être le seul medium accessible.
    Et s’il est hors de question de compter sur l’auto-régulation des internautes (effet de groupe, etc.) il est nécessaire pour les acteurs du milieu (ici twitter) de développer des parades non pas contre ce genre de comportement (à la base, c’est quand une idée amusante) mais contre ses conséquences.

  4. @TheCélinette
    C’est vrai qu’il le mérite :) malgré tout, le web est un outil, il peut être démocratique ou non ou les deux. Refuser l’accès à la discussion peut être tout de même pernicieux pour l’outil et pour les groupes qui ont motivé ce refus.

    @Marc
    tout à fait d’accord :) sauf le fait d’utiliser le terme lobby dans ce genre de cas. La portée stratégique, la volonté de discuter et de peser hors du web (et pour le web) est encore trop marginale dans la communauté qui a évincé FL.

  1. 28 novembre 2009
  2. 28 novembre 2009
    Trackback from : uberVU – social comments

Comments links could be nofollow free.