Ce que Monsieur Séguéla ne semble pas comprendre

Cet article fait suite à un effort en communication fort curieux mais symptomatique de la difficulté des acteurs « traditionnels » de la communication et du marketing à appréhender le web. Une charte des droits du net ? par Jacques Séguéla.

Ce que monsieur Séguéla ne semble pas comprendre

La « cyber-communauté » ? ça existe ?

La première chose qui saute aux yeux puisque c’est l’objectif même de son appel, c’est la perception qu’il existerait une « cyber-communauté » à la fois une et universelle. Sans parler des frontières et des logiques culturelles, rien qu’en restant en France, on voit déjà les milliers de communauté qui existent. Le premier travail serait effectivement de trouver l’ensemble des représentants de chacune des communautés web. le tout en comprenant bien que la plupart des communautés web n’ont qu’un regard très limité sur ce qui les entoure. Elles ont vocation à rassembler sur un sujet précis, rien de plus et rien de moins. Et si c’est là le grand argument, je n’irai pas plus loin ici tant il semble risible de penser trouver ne serait-ce qu’un référent qui fasse l’unanimité pour créer cette charte.

Ce qui me dérange le plus c’est les imaginaires qui transpirent dans cet édito.

La liberté est une valeur pas un objet.

Invoquer la liberté est un beau discours et les convictions de Monsieur Séguéla semblent raccrocher la notion de liberté au modèle politique républicain. Sur le web, la liberté est belle et bien une valeur mais elle n’est pas à proprement parlé un idéal. Plus concrètement, interroger 100 internautes sur ce qu’est la liberté, on verra bien les résultats et ce qu’ils en attendent. Ces derniers ne nous prouveront qu’une chose ; la liberté sur le web n’est pas un concept rationnel mais pragmatique. Et si même on devait raccrocher le web à un système législatif… pourquoi à la loi française ? Et c’est quoi cet argument qui veut nous faire croire que les enfants de Manille et ceux de France ont un accès égal à internet ? On connait le prix d’un ordinateur, celui d’un abonnement internet et les frais nécessaires pour construire les réseaux… C’était une blague peut-être ?

Le web est pragmatique et non rationnel.

Et c’est là tout ce qui transpire dans cet appel de monsieur Séguéla, c’est qu’il n’a pas compris que les sophistes avaient raison. La vérité n’existe pas sur le web, c’est la pertinence qui compte. Tout aura une valeur dans un instant donné. Le moindre « événement » peut faire couler cette pertinence dans un sens ou dans l’autre. Le web n’est pas un outil rationalisable aujourd’hui, c’est un outil pragmatique car aucun déterminisme (technique ou social) le mène.

A partir de là lorsqu’il est dit « Jamais nos messages n’ont eu une telle possibilité d’enflammer les foules en totale instantanéité et totale ubiquité » on voit parfaitement comment Monsieur Séguéla cède lui-même aux fantômes qui ont pourtant façonné les théories de la communication : les mythes technicistes. Car chaque personne qui passe un minimum de temps sur le web connait la réalité des logiques d’influence. Donc non ! N’importe qui ne peut dire ce qu’il veut à moins d’y trouver le soutien politique nécessaire (qu’on peut appeler power user, influent ou n’importe quoi d’autre). Et ce soutien ne s’obtient généralement pas en claquant des doigts mais est souvent le fruit d’une relation de confiance (dans ses actes, dans la valeur de ses sources, …). ca semble risible certes mais la manière dont le web évolue techniquement et socialement n’est pas tant proche du marketing que de la communication.

Et on ne parlera pas de…

Il n’est pas question ici de revenir sur les faits pointés du doigt puisque la force du communicant est bien de les lier à un argumentaire.
Il n’est pas non plus question ici de répondre à la question la plus stratégique de cet appel : a qui doit profiter cette charte éthique ? Le web appartient encore à ceux qui le font. On peut donc renvoyer le courage à monsieur Séguéla et lui conseiller de se mettre lui-même à l’ouvrage. Le web est pragmatique si c’est censé ça marchera.

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  1. Un article plein de bon sens contrairement à celui de Séguéla qui semble d’ailleurs avoir de nombreuses âneries à déverser sur le web.

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